LA VIE SECRÈTE DU SEIGNEUR DE MUSASHI de Junichirô Tanizaki, Gallimard ( 1931 ) ***

lr_008Étrange récit du grand écrivain Tanizaki, plutôt spécialiste des drames intimes, que des récits historiques. Ce roman plonge le lecteur dans la furie des combats de l’ère Momoyama, en suivant un jeune guerrier, face à ses nombreux ennemis, et au prise avec ses propres tourments.

Lors de l’assaut de son château, le jeune fils du seigneur assiste à la cérémonie de préparation des têtes coupées des guerriers ennemis morts. Du spectacle choquant de ces cadavres manipulés délicatement par des jeunes filles naîtra chez le jeune guerrier une véritable fascination pour la mort.

Tout au long de sa vie, le jeune seigneur de Musashi perpétuera cette vision au fil de ses combats et de ses relations avec les autres, comme s’il refusait cette attirance vers la mort qui l’entraîne inexorablement. Roman noir et torturé, mais abordant en partie le thème du Hagakure, le livre de Tanizaki dérange et fait ressentir un climat psychologique difficile. C’est également l’occasion de décrire la vie dans les châteaux (Shirô ) à l’époque Momoyama.

… Dans la région qui s’étend entre les montagnes reculées de Yoshino et Kumano, il n’est pas rare d’apprendre que subsistent d’anciennes légendes et que vivent encore des descendants de vieilles familles historiques, et cela à cause des difficultés de communication [Tanizaki évoque ici le Japon de la première décennie du XXème siècle]. Pour ne citer qu’un exemple, il paraît que la résidence de la famille Hori, à Ano, choisie par l’Empereur Godaigo comme palais temporaire, demeure en partie dans son état d’origine et qu’elle est habitée par les derniers représentants de cette lignée. Takehara Hachirô, ce personnage qui figure dans « Taiheikei », lorsque le prince Daitonomiya s’enfuit à Kumano (ledit prince s’était arrêté quelque temps chez lui et avait même eu un enfant avec sa fille), a laissé une nombreuse descendance. Pour ne pas quitter les anciennes histoires, nous pouvons également évoquer les villageois de Gokitsugu, qui refusent toute alliance étrangère et sont eux-mêmes repoussés par les autres habitants qui voient en eux des graines de démons. Ils s’estiment eux-mêmes rejetons de l’ascète Zenki, aux pouvoirs surnaturels. Quand un tel esprit règne dans le pays, on ne s’étonnera pas que de nombreuses familles soient appelées « gens de sang » et prétendent descendre des vassaux qui servaient à la Cour du Sud : chaque année, le cinq février, près de Kashiwagi, leurs membres célèbrent la « vénérable Cour du Sud », et se rendent au temple de Kongô, site du palais du généralissime, pour organiser une cérémonie solennelle de prière du matin. Ce jour-là, plusieurs dizaines de « gens de sang » sont autorisées à revêtir une robe de cérémonie qui porte l’emblème du chrysanthème et à prendre des places plus honorifiques que le délégué du préfet ou que le chef du canton.

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